Snob

23 août 2020 1 By Marc Vander Putten

Snob? Élitaire? Ou tout simplement critique ?

Très souvent, on me reproche mon choix musical, et surtout mon intolérance pour la musique de mauvaise qualité. On m’a même traité de snob parce que je traitais certaine musique populaire de nulle.

Nous vivons dans un monde où il est de bon ton d’aimer tout et n’importe quoi. Il fût un temps où il était normal de défoncer quelque chose complètement. Plus maintenant. Maintenant, il faut tout aimer, ne pas juger. Le résultat est qu’on entend tout et n’importe quoi, pourvu que cela apporte du fric.

Critiquer est donc devenu tabou. Pourtant, il y a des critiques partout: les films, les arts plastiques, tout est permis. Il est tout à fait acceptable de préférer de pendre au mur de sa salle à manger une reproduction d’un Renoir, un Picasso ou un Rothko plutôt qu’une nature morte du peindre du village. Une bonne critique litéraire est parfois mieux écrite que le bouquain même. Mais pas avec la musique, ah non! Interdit de dire quoi que ce soit sur les radios qui nous servent les mélodies issues des fabriques à musique! Ou quand je dis: « Queen est un groupe de merde et leur musique est un croisement entre l’opérette et la petite chanson », oh la la ?

ABBA

Et pourtant, je confirme, quitte à sembler provocateur : Abba N’A JAMAIS FAIT DE BONNE MUSIQUE POINT A LA LIGNE. Au moment même où ils gagnaient un pont avec leurs musique à deux sous, il y avait des groupes fantastiques qui écrivaient l’histoire de la musique dans leur garage. Alors, pour moi: ABBA, jamais. Si cela est snob, alors je suis fier de l’être.

Mais ne peut-on pas accepter que les deux se cotoyent? Pourquoi pas? Cela dit, une condition sine qua non est que les artistes, les vrais, aient autant de chance que les fabriques à musique, même si leur « valeur de marché » n’est pas la même. Parce que c’est là que ça coince: la médiocrité étouffe la qualité. Cela mène les artistes à se vendre au commerce. C’est souvent ça ou la mort.

Claude François ou Rachmaninov?

Il y a ce qu’on appelle des connaisseurs. Il est évident que, si tu ne connais que Claude François, tu trouveras Michel Sardou génial. Mais si tu le compares avec les Beatles, Lou Reed, Rachmaninov ou Mozart, tu as, pour le moins, une autre perspective. Surtout si tu considères la musique comme quelque chose d’important et pas comme un bruit d’arrière fond ou comme une excuse pour pouvoir danser.

Laisse aller, me dit-on, ce n’est pas si grave. Je n’en suis pas si sûr. Il s’agit d’une vision de société. Si tu as du succès, tu as de l’argent, des fans, le monde à tes pieds. L’argent comme étalon. Un manager vicieux qui rassemble quelques ados pour former un groupe de K-pop, qui les exploite pour se gaver de fric, personne ne trouve cela anormal. Les radios ne se posent pas de question: si ça sonne bien, si ce n’est pas dérangeant, si c’est dansant, c’est ok, le reste, on s’en fout.

Je veux que la musique me touche, me dérange, j’exige, en plus d’un minimum de métier, de l’âme, de l’honnêteté, de l’urgence. Excusez moi du peu. Et si le résultat est mélodieux, dansant, pourquoi pas? Mais pas le contraire: seulement accrocher et faire danser, faire sortir une mélodie grâce à un algorithme. Créativité, originalité, honnêteté.

Je veux que la musique me touche, me dérange, j’exige, en plus d’un minimum de métier, de l’âme, de l’honnêteté, de l’urgence. Excusez moi du peu.

Ceci n’est pas un plaidoyer pour « ma » musique, mais pour la qualité.

D’accord, j’ai mes préférences. Cela ne signifie pas que je considère tout le reste comme du déchet. C’est là que le goût personnel intervient: je ne suis pas un grand adepte des Rolling Stones ou de Bob Dylan, mais j’apprécie leur valeur. C’est comme préférer Magritte à Dali ou Proust à Camus: c’est un choix.

Fondamentalement: la musique est un art. Et comme toute autre forme d’art, il y a des gradations. Je n’ai rien contre le peintre du dimanche, ou l’écrivain amateur comme moi-même, mais il faut être à même de faire la part des choses. Il faut pouvoir les critiquer, ne fus-ce que pour les pousser vers l’excellence. La critique nous pousse vers une meilleure version de nous-même.

Et aussi: tenir un débat sur le sujet est une bonne chose, parce que cela permet à tout le monde, à moi aussi, à se remettre en question.

Désolé, je ne me tairai pas.